Le soundpainting est un langage de gestes destiné à la réalisation de performances artistiques en temps réel. Créé par le compositeur new-yorkais Walter Thompson, il permet de diriger des musiciens, danseurs, acteurs et plasticiens dans le domaine de l’improvisation structurée.

Ce langage compte aujourd’hui plus de 1000 gestes ; certains codifient des concepts et paramètres communs aux diverses disciplines, d’autres sont spécifiquement développés dans le cadre de l’une d’elle (gestes spécifiques aux musiciens, danseurs, acteurs,…).

Concrétement, un « soundpainter » compose en temps réel en s’adressant par voie de signes à un groupe de « performers ». Dans l’absolu, c’est un outil qui permet à des interprètes connaissant ce langage (et un soundpainter les guidant) de produire une performance entière ayant une construction cohérente ; mais il peut servir également de façon sporadique dans un spectacle préétabli où le soundpainter recompose la forme globale en temps réel, ou génère à partir des matériaux préexistants de nouvelles directions.

Les ateliers de soundpainting accueillis par le Conservatoire de Nancy auront un double objectif:

– en tant que « performers »: apprendre à répondre aux gestes fondamentaux, développer des idées relatives à chacun des contenus proposés.

– en tant que « soundpainters »: apprendre à diriger un groupe, à composer des pièces en utilisant les gestes appris.

Les ateliers auront lieu chaque semaine, le jeudi de 17h30 à 18h30

Enjeux pédagogiques du soundpainting

Rendre plus accessible la pratique collective :

Pouvoir faire jouer plusieurs musiciens ensemble, sans se préoccuper de leur différence de niveau instrumental ou théorique.

Créer une pièce artistique interdisciplinaire sans avoir recours à une partition préalable.

Aiguiser la spontanéité et les capacités créatives :

Le soundpainting n’est pas une direction à sens unique d’un chef auquel les performers obéissent ; il s’agit plutôt d’un dialogue entre un soundpainter qui structure et conduit une improvisation dont la matière est proposée par les participants. Chaque membre du groupe doit par conséquent être force de proposition, être capable de réintégrer ses connaissances dans l’improvisation. Le fait que le soundpainter porte la responsabilité de la cohérence autorise les participants à produire en confiance un matériau qui s’inscrit dans la pièce collective ; et l’établissement constant de correspondances entre les formes artistiques permet de faire découvrir un rapport nouveau à l’instrument, au corps, à la voix et à la parole.

Développer l’écoute :

A tout moment, les participants doivent être conscients de ce que les autres effectuent ; ils doivent être capables de s’en emparer, d’y répondre et pour cela d’en saisir les paramètres.

L’écoute des participants se diversifie : écouter ce qu’il fait et ce que les autres jouent, tout en suivant les gestes du soundpainter ; mais aussi prévoir ou pré-entendre ce vers quoi ces gestes dirigent.

C’est aussi l’occasion pour les musiciens de rencontrer d’autres instruments, d’autres disciplines que la leur. Les participants sont amenés à se familiariser avec d’autres timbres, d’autres spécificités instrumentales, et le prisme de l’interdisciplinarité permet d’enrichir la compréhension d’un phénomène (un geste) par la variété de ses traductions (par exemple, lorsqu’un danseur et un musiciens improvisent simultanément avec des sons tenus, chacun s’inspirera de la façon qu’a l’autre de traduire ce geste dans sa discipline)

Consolider les capacités instrumentales et la perception des phénomènes musicaux fondamentaux (les paramêtres fondamentaux des disciplines pratiquées) :

Les gestes les plus simples du soundpainting concernent des aspects musicaux essentiels (s’il s’agit de musiciens). Savoir y répondre justement implique un exercice des capacités musicales fondamentales et le savoir instrumental correspondant : c’est d’abord un exercice sonore qui met en jeu la perception et les premières aptitudes instrumentales  (être capable de jouer un son tenu, une grappe de sons, des accents, de jouer sur la dynamique, la densité, le timbre, la tessiture…) mais aussi un exercice d’adaptation, de mémorisation (adopter un tempo, le modifier, suivre un tempo collectif ou maintenir un tempo individuel, modifier un contenu en temps réel, mémoriser un contenu donné pour le reprendre plus tard, faire une citation …)

Développer le sens de la forme :

Une fois les participants formés à comprendre et à répondre aux gestes du soundpainting, il  leur reste à expérimenter le rôle de soundpainter, c’est-à-dire diriger à leur tour un groupe de performers. Moment le plus excitant et en même temps le plus déroutant de la formation au soundpainting : l’élève a alors en charge le déroulement total de la pièce qu’il va diriger. C’est l’occasion pour lui de se demander ce qu’il a envie d’entendre, ce qu’il veut voir se passer, de structurer ses idées et d’être capable de trouver les moyens (les gestes) pour les réaliser.

Un outil pédagogique pour la formation musicale :

Ajoutons que le soundpainting est un outil intéressant pour constituer un versant pratique à la formation musicale. Il est possible d’inventer une multitude d’exercices qui permettent une approche plus incarnée de notions rythmiques, harmoniques, stylistiques, afin d’en favoriser l’assimilation. On peut ainsi travailler sur la répétition d’une formule rythmique, lui superposer d’autres formules jusqu’à la constitution de polyrythmies complexes ; produire un accord et agir en temps réel sur la conduite de chacune des voix, etc.

De même, en travaillant autour d’œuvres écrites et en les considérant comme un matériau premier avec lequel improviser (ce que l’on appelle des « palettes »), on peut amener les intervenants à les redécouvrir de façon vivante et personnelle.